Georges Floyd et le meurtre raciste

24 Août 1955, Mississippi
Emmett Till, un jeune noir américain de 14 ans, se rend avec un groupe d’amis à l’épicerie Bryant pour acheter quelques boissons. Le magasin appartient à un couple de Blancs, Roy et Carolyn Bryant. Carolyn s’occupe seule du magasin ce jour-là car Roy était en voyage d’affaires. Elle chasse les adolescents en les menaçant avec un revolver. Elle accusera plus tard Emmett Till de l’avoir saisi par la taille et de lui avoir fait des avances grossières. Des accusations fausses, a-t-elle reconnu des décennies plus tard. Quoi qu’il en soit, les adolescents s’enfuient du magasin sans demander leur reste. Avant le retour de Roy Bryant, tout le comté de Tallahatchie était au courant de l’incident. Les rumeurs circulèrent très vite, on avança même qu’Emmett entretenait une liaison avec Carolyn. Après son retour, Roy a vent des rumeurs. Le 28 août à environ 2 h 30, Roy Bryant et son demi-frère, J.W Milam, enlevèrent Emmett Till dans la maison de son oncle. Il fut conduit dans le hangar d’une plantation, dans le comté voisin de Sunflower où il fut frappé jusqu’à en devenir méconnaissable (il eut les yeux arrachés, reçu un ou plusieurs tirs de pistolet, puis un ventilateur de machine à trier le coton lui fut attaché autour du cou avec du fil barbelé) et fut jeté encore vivant dans la rivière Tallahatchie, près de Glendora, une petite ville du comté. Défiguré, il n’a été identifié que grâce à une bague présente à son doigt et portant les initiales de son père. On appréhenda rapidement les meurtriers. Le 23 septembre le jury, composé de douze hommes blancs, les acquitta.

14 novembre 1983, train Bordeaux-Vintimille
Habib Grimzi, un touriste algérien de 26 ans, prend l’express 343 Bordeaux-Vintimille de 22 h 27 pour rentrer en Algérie. Vers minuit, trois candidats à l’engagement à la Légion étrangère, Anselmo Elviro-Vidal, Marc Béani, et Xavier Blondel se déplacent dans le train. Anselmo Elviro-Vidal entre dans le compartiment d’Habib Grimzi. Il l’attrape, le jette dans le couloir et le roue de coups jusqu’à l’intervention d’un contrôleur, Vincent Pérez. Il change Habib Grimzi de voiture qu’il ferme à clé, mais les trois reviennent une nouvelle fois et se font ouvrir la voiture par un autre contrôleur qui n’est pas au courant de l’affaire. Ils l’agressent de nouveau, Béani le poignarde à deux reprises. Grimzi résiste, implore et appelle à l’aide, mais aucun des 95 passagers à proximité du drame ne réagit. Il est jeté du train par Elviro-Vidal près de Castelsarrasin à 0 h 20. Constatant l’absence d’Habib Grimzi dans la voiture et remarquant la présence de sang, Vincent Pérez prévient la police lorsque le train arrive à Toulouse. Les trois protagonistes sont arrêtés. Le 25 janvier 1986, Anselmo Elviro-Vidal et Marc Béani ont été condamnés à perpétuité, des circonstances atténuantes ont été accordées à Xavier Blondel, qui a été condamné à quatorze ans de réclusion criminelle.

4 avril 2017, quartier de Belleville, à Paris
Il était aux alentours de 4 heures du matin. Sarah Halimi, une ancienne directrice de crèche de confession juive de 65 ans, dort paisiblement. Elle est brusquement reveillée par des bruits d’intrusions. K.T, un musulman de 27 ans, s’est introduit dans son appartement passant par le balcon. Là, rapportent des témoins, il la roue de coups aux cris d’«Allah Akbar», s’interrompant pour proférer des insultes et psalmodier des sourates du Coran. L’agresseur précipite ensuite Sarah Halimi par-dessus le balcon. Elle meurt dans sa chute. «J’ai tué le Sheïtan ! [le démon en langue arabe, ndlr]», se serait écrié K.T. après son geste. Le 19 décembre 2019, la cour d’appel de Paris conclut que le discernement de K.T était aboli, au sens de l’article 122-1 du Code pénal, et qu’il ne pouvait donc pas être jugé pour le meurtre de Sarah Halimi.

Les crimes racistes et antisémites existent. Ils ne sont pas l’invention d’individus en mal de reconnaissance ou de politiciens en campagne électorale. Des lynchages de noirs dans le Sud des USA aux assassinats antisémites de Toulouse, en passant par les ratonnades à Marseille en 1973, il est impossible d’ignorer cette triste réalité. Comment pourrions-nous ignorer les meurtres de James Byrd Jr., d’Ilan Halimi ou de Brahim Bouarram ? Ces crimes sont si hideux qu’il est inutile d’en imaginer d’autres. Nous n’avons pas besoin de voir un acte raciste derrière chaque crime impliquant des individus d’ethnies, de couleurs ou de religions différentes. C’est inutile et contre-productif. Les racistes et les antisémites sont parmi nous, et parfois ils tuent. Je ne sais pas si le meurtre de Georges Floyd était raciste. L’assassinat de Georges Floyd est immonde et inacceptable, mais s’agissait-il d’un crime raciste ou d’un horrible bavure policière perpétuée par un « bad cop » multirécidiviste. Georges Floyd serait-il un nouveau James Byrd Jr. ? Je n’en sais absolument rien. Le véritable racisme et le véritable antisémitisme, eux, sont réels. Nous devons les combattre efficacement en les dénonçant et en acceptant l’autre avec ses différences. « Bien-aimé est l’homme pour avoir été créé à l’image de D-ieu ; c’est un surcroît d’amour que de lui avoir fait savoir qu’il a été créé à l’image de D-ieu, car il est dit : Car c’est à l’image de D-ieu qu’Il créa l’homme. » (Maximes des Pères 3 ;14)

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